Visa pour les États-Unis : Les réseaux sociaux sous étroite surveillance

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Il est désormais obligatoire de renseigner l’ensemble de ses comptes sur les réseaux sociaux et ses identifiants lors d’une demande en ligne de visa pour les États-Unis. Une mesure très critiquée qui épargne pour l’instant les touristes français.

Annoncées en mars 2018, plusieurs nouvelles mesures s’appliquant aux demandeurs de visas américains, censées renforcer la sécurité des États-Unis, sont entrées en vigueur début juin. Il s’agit pour l’administration américaine d’identifier en amont, par la surveillance de l’activité des candidats sur les réseaux sociaux, des individus potentiellement dangereux.

Désormais, l’obtention d’un visa migrant ou non immigrant passera par le renoncement à l’anonymat en ligne, quel que soit le pays d’origine du demandeur . En effet, les autorités américaines exigent, au moment de toute demande de visa sur Internet, de renseigner l’ensemble des comptes deréseaux sociaux fréquentés lors des cinq dernières années, ainsi que les identifiants utilisés pour chacun d’entre eux.

Les réseaux les plus populaires sont notamment concernés, comme Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, LinkedIn, Reddit, Tumblr et Flickr. La liste exhaustive cliquable contient également les deux réseaux chinois Sina Weibo et Tencent Weibo, ainsi que le russe Vkontakte.

L’administration américaine prend toutefois soin de préciser que les utilisateurs sont « priés » de ne pas révéler leurs mots de passe sur le site. Par conséquent, techniquement, seules les publications publiques, comme les tweets non-protégés ou les contacts et les statuts publics Facebook (partagés ou non), seront visibles par les autorités américaines.

S’il est possible de cocher la case « none » (aucun), permettant à tout déclarant d’affirmer ne détenir aucun compte sur les réseaux sociaux depuis cinq ans, l’administration a prévenu qu’une dissimulation pourrait avoir « de lourdes conséquences » et une invalidation de la demande de visa.

Les 15 millions de demandeurs annuels de visas américains doivent également fournir tous leurs numéros de téléphone et adresses électroniques utilisés au cours des cinq dernières années, et répondre à des questions concernant leurs derniers voyages internationaux, leurs éventuelles expulsions d’un pays étranger et, le cas échéant, identifier des membres de leurs familles impliqués dans des activités terroristes.

Les touristes français restent jusqu’ici épargnés

« La sécurité nationale est notre priorité absolue lors de l’attribution des visas, et tous les voyageurs et les immigrants qui souhaitent se rendre aux États-Unis font l’objet d’un contrôle de sécurité approfondi », a précisé le département d’État américain. « Nous travaillons constamment à trouver des mécanismes pour améliorer nos processus de vérification afin de protéger les citoyens américains, tout en encourageant les voyages légitimes vers les États-Unis. »

Ces mesures ne concernent pas les ressortissants français désirant entrer et résider sur le territoire américain pour une durée de moins de 90 jours (voyages d’affaires, tourisme ou transit). Les Français, comme les voyageurs issus de plus de 35 pays (Allemagne, Italie, Grèce, Japon, Singapour…), doivent faire une demande via le Système électronique d’autorisation de voyage (ESTA). Le formulaire en ligne a beau contenir des demandes de renseignements liés « à la présence en ligne », ainsi qu’aux identifiants sur les « médias sociaux », la réponse du candidat reste jusqu’ici facultative.

Toutefois, tout ressortissant français désirant se rendre aux États-Unis pour une durée excédant 90 jours est tenu de soumettre une demande de visa et devra donc révéler ses différents comptes de réseaux sociaux.

Des ONG tirent la sonnette d’alarme

Ces mesures mises en place sous l’administration Trump, qui a fait du contrôle de l’immigration et de la sécurité du territoire américains ses priorités, sont vilipendées aux États-Unis par les ONG de défense de droits civiques et des libertés individuelles.

Notamment par la plus importante d’entre elles, l’American Civil Liberties Union (ACLU), qui dit craindre des restrictions à la liberté d’expression et des risques de discriminations. Elle estime que ces directives vont provoquer de l’autocensure en ligne, empêchant par exemple toute critique de la Maison Blanche ou de la politique étrangère américaine. Même crainte pour les contacts en ligne des candidats au visa, tels que leur famille, leurs amis, leurs connaissances et leurs collègues, qui pourraient très bien être des citoyens américains, censés être pourtant protégés par le très célèbre 1er amendement qui leur garantit constitutionnellement la liberté d’expression.

« Cela portera atteinte aux droits des immigrants et des citoyens américains en brimant la liberté d’expression et d’association, en particulier parce que les gens vont maintenant se demander si ce qu’ils disent en ligne sera mal interprété ou mal compris par un représentant du gouvernement, avait déclaré Hina Shamsi, responsable au sein de l’ONG, après avoir pris connaissance des nouvelles mesures. Nous sommes également préoccupés par la façon dont l’administration Trump définit l’expression vague et trop large ‘d’activités terroristes’, car il est intrinsèquement politique et peut être utilisé pour discriminer les immigrants qui n’ont rien fait de répréhensible. »

Une surveillance impulsée sous l’ère Obama

C’est sous l’administration Obama que les États-Unis avaient commencé à envisager de surveiller de plus près le comportement des demandeurs de visas sur les réseaux sociaux. Précisément après la fusillade de San Bernardino, perpétrée le 2 décembre 2015 en Californie, qui a fait 14 victimes et plus de 20 blessées.

À l’époque, un débat autour de l’usage des réseaux sociaux et de la récupération des données personnelles des deux terroristes qui avaient prêté allégeance à l’Organisation État islamique avait secoué le pays. Un article du New York Times a révélé quelques mois plus tard que l’administration avait lancé quatre projets pilotes visant à surveiller le comportement sur les réseaux sociaux de candidats à l’immigration vers les États-Unis.

En 2018, l’ACLU rappelait que des documents publiés par le Département de la Sécurité intérieure faisaient état d’inquiétudes sur l’efficacité d’un programme pilote destiné à la surveillance de l’activité sur les réseaux sociaux de demandeurs de visas, à cause de difficultés techniques et de problèmes de moyens rencontrés pour analyser les données, souvent écrites en langues étrangères.

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